Bir Hakeim 1942
, Les Français Libres contrarient les plans de Rommel
par Jean-Philippe Liardet, dr

 

Le début du siège

Tenu dans l'ignorance de la situation générale, la garnison de Bir Hakeim aperçoit les premières concentrations ennemies vers 8 heures du matin. Le capitaine de Sairigné et ses légionnaires repèrent les premiers groupes allemands qui se déploient vers le sud tandis que les Italiens font de même au nord.
A 10 heures et demi du matin, deux officiers italiens se présentent devant les lignes du 2e bataillon étranger pour demander la reddition de la place mais le général Konig se montre inflexible. Deux heures plus tard, l'artillerie allemande et la Luftwaffe prennent la place sous leur feu. En 10 jours les appareils allemands vont effectuer plus de 1 300 sorties contre Bir Hakeim auxquelles il convient d'ajouter celles de la Regia Aeronautica. Sous le couvert de cet appui feu formidable, les fantassins ennemis tentent sans succès de s'infiltrer dans les lignes française. Les défenseurs sont si bien enterrés qu'il faut un coup direct pour les toucher.
Le lendemain, le 3 juin, c'est un anglais prisonnier qui apporte un ultimatum de la main même de Rommel :
" Toute résistance ultérieure ne conduirait qu'à une effusion de sang inutile. Elle vous vaudrait le même sort que les deux brigades de Gott El Oualeb qui ont été anéanties avant-hier. Nous suspendrons le combat dès que vous hisserez le drapeau blanc et viendrez à nous sans armes. "
Le général Koenig ne prend même pas la peine de répondre. Le 3 juin 1942 à 9 heure 30, il signe la communication suivante :
"Nous devons désormais nous attendre à une attaque sérieuse par tous les moyens combinés (aviation, chars, artillerie, infanterie). Elle sera puissante.
Je renouvelle mes ordres et ma certitude que chacun fera son devoir sans faiblir, à sa place, coupé ou non des autres.
Notre mission est de tenir coûte que coûte, jusqu'à ce que la victoire soit définitive. Bien expliquer cela à tous, gradés et hommes.
Et bonne chance à tous.
"
Au même moment, le retour de la colonne Broché entraîne la reprise des combats. L'investissement de Bir Hakeim n'est pas encore complet et les hommes du bataillon du Pacifique regagnent sans trop de difficultés les positions françaises. L'artillerie antiaérienne et la chasse britannique protègent efficacement la garnison contre les avions ennemis. La 7e brigade motorisée anglaise, positionnée non loin de là, soutient les Français de son artillerie.
Le 4 juin à 4 heures du matin, la 90e division légère envoie un nouvel émissaire éconduit fermement par les légionnaires, conformément aux instructions de Konig. Peu après, une attaque des panzergrenadiers du 104e régiment est repoussée par le 2e bataillon. Sa compagnie d'appui complète efficacement le feu des canons de 75 avec des pièces de 47 italiennes récupérées le 27 mai. A midi, les assaillants décrochent. Pour éviter toute infiltration nocturne, la compagnie du capitaine de Sairigné est disséminée en petits groupes à la lisière des champs de mines. Le moindre mouvement est communiqué par téléphone aux servants des canons de 47.

Une résistance héroïque

Au nord, la bataille du " chaudron " tourne à l'avantage de Rommel. Le 5 juin, les Anglais attaquent trop tardivement et de manière décousue. Ils sont rejetés avec de lourdes pertes. Ce jour là, aucun appareil de l'Axe n'apparaît dans le ciel de Bir Hakeim.
Toutefois, le ravitaillement commence à manquer. La ration quotidienne d'eau n'est plus que de 2,5 litres par jour et par homme et va diminuant. La consommation d'obus de 75 et d'obus antiaériens est également préoccupante. Ce jour là, un convoi anglais apporte 6 000 coups de 75 mais échoue dans sa tentative d'évacuer les blessés les plus graves.
Le 6 juin à 11 heures, la 90e division légère repart à l'attaque et se trouve stoppée à 800 mètres du fort en ruine. Le lendemain, l'ennemi fait une nouvelle tentative vers 11 heures 20, à la jointure des positions du 2e bataillon étranger et du bataillon du Pacifique. Appuyés par des canons de 50 mm antichars, les panzergrenadiers arrivent à moins de 500 mètres des lignes françaises. Il faut l'intervention de deux compagnies du 3e bataillon de la Légion pour les arrêter. L'attaque reprend dans l'après-midi avec le soutien d'une vingtaine de chars. Les canons antichars attendent que les blindés ennemis s'approchent à quelques centaines de mètres pour ouvrir le feu. Puis la crise se déplace au sud où l'ennemi exerce également une forte pression avant de renoncer.
Le 7, les Allemands se contentent de harceler les défenseurs et de chercher des nouveaux axes d'attaque. Par contre, la colonne mobile opérant entre les champs de mines doit regagner la place, désormais totalement investie. La nuit, un dernier convoi de 15 camions de ravitaillement réussit à franchir les lignes ennemies.
Le 8, Rommel prend personnellement la direction des opérations. Les assaillants réussissent à prendre pied sur la cote 186 qui surplombe le camp retranché. Les bren carriers du 3e bataillon de la Légion se tiennent prêt à contre-attaquer mais les Allemands semblent également fatigués après ces durs combats. Le nord et l'est de la place font à leur tour l'objet de violents assauts alors que de nombreuses attaques aériennes se joignent aux incessants tirs d'artillerie. La garnison reçoit toutefois le soutien des chasseurs de la RAF alors que la 7e brigade motorisée anglaise harcèle vigoureusement les arrières de l'ennemi.
Cette journée, la plus dure depuis le début du siège, se solde pour la garnison par 34 tués et 67 blessés.
La journée du 9 est également difficile malgré l'action de trois nouvelles colonnes anglaises. Le bataillon du Pacifique est très vite en difficulté. Il faut l'intervention des bren carriers de la Légion pour stabiliser la situation.

 

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