Les
leçons de la V...- Mail
Le
succès de la V...-Mail appelle d'autres applications
liée à la conduite de la guerre. Les bordereaux de souscription
des bons de la défense, les numéros d'appel à la conscription,
avec heure exacte et numéro de tirage, (selective service
number) sont microfilmés par le Trésor. Le Pentagone crée
l'Official Photo Mail , avec son propre laboratoire
pour l'envoi de documents officiels. Le Signal Corps
est chargé de la formation des personnels. Même l'United
States Armed Forces Institute à Madison, Wi, utilise l'Official
Photo Mail pour envoyer les cours par correspondance. En
1944, 25 millions de lettres circulaient de cette façon chaque
mois. Au total, la V...- Mail aurait acheminé 1,5 milliards
de lettres sans une seule perte.
La V.-
Mail a témoigné du souci qu'avaient les alliés du moral
de leurs combattants : de l'importance de la communication,
du maintien du lien avec la mère-patrie, du maintien du lien
avec la famille. La lecture des messages qui nous ont été transmis
rappelle aussi la jeunesse des combattants : beaucoup avaient à peine
vingt ans, et parfois moins. C'étaient presqu'encore des
enfants, qui quittaient leurs parents pour la première fois
: nous avons des lettres aux parents, aux frères et sours,
plus rarement à l'épouse.
Nous
retrouvons aussi la correspondance de très jeunes pères de
famille, comme Johnnie R. Beaver, marié à 19 ans (24).
Beaver constitue du reste une exception. Agé de 25 ans en 1944,
il est alors père d'un enfant de cinq ans, et ne part en Europe
que sur sa demande expresse, pour rester loyal envers ses camarades
d'entraînement. Vern L. Moncur, né en 1916, est déjà un ancien
: Mormon de Salt Lake, marié en 1941, et pilote du B 17 Thunderbird,
il écrit à ses beaux-parents (25).
L'impression générale que l'on retire en lisant la presse contemporaine,
est celle d'un élan unanime du peuple américain pour encourager,
mais surtout soutenir et conforter ses combattants.
La
mise en place de la V.- Mail n'aurait jamais été possible
sans les recherches, l'énergie et la conviction des bibliothécaires
et archivistes américains qui dans les années qui précèdent
la guerre, avaient tout mis en ouvre pour promouvoir la micrographie,
et persuadé les industriels, principalement Eastman Kodak,
de se lancer dans les investissements nécessaires pour mettre
au point les surfaces sensibles et les matériels.
Il
est évident que le succès de l'opération a été la conséquence
non de la mise en ouvre de technologies de pointe, mais l'application
de techniques déjà éprouvées, dont l'efficacité a tenu essentiellement à la
rigueur de l'organisation, au souci du détail, et au recours
intelligent à la sous-traitance. C'est à la rigueur dans le
travail quotidien, à la discipline des opérateurs (principalement
des opératrices) que l'on doit de ne pas avoir égaré le courrier.
Enfin, V.-Mail et Airgraph prévoyaient des sauvegardes,
sans faire appel à des procédés techniques complexes, en se
reposant uniquement sur des procédures rigoureuses : le négatif était
dupliqué avant que les lettres ne soient détruites. Autant
de leçons qui peuvent encore être méditées aujourd'hui, l'attrait
pour la haute technologie prenant parfois le pas sur le souci
d'efficacité.
24. http://www.eagnet.com/edipage/user/joanie/mystory.htm [retour
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25. http://www.303rdbga.com/thunderbird/index.shtml [retour
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