La V...-
Mail dans la vie quotidienne
La V.-Mail fait
rapidement partie de la vie quotidienne. Le gouvernement américain
fait de la publicité pour la V.- Mail. Il encourage
les civils à écrire aux soldats, à leur manifester leur soutient.
Tout en vantant les mérites de leurs produits, les entreprises
commerciales assurent également la promotion de la V.- Mail.
: Un fabriquant de crayons utilise même l'argument (discutable)
de la V.- Mail pour vanter son produit :
" Écrivez
lui cette V Mail qui compte tellement pour lui avec un crayon
Tichodrome : il trace des lignes nettes et précises faciles à reproduire (15)". Une
publicité payée par l'Aluminium Company of America, qui
paraît dans les quotidiens en 1943 (collection de Duke University)
donne un modèle de lettre d'encouragement à envoyer aux combattants
et précise que "la V.Mail est la seule méthode qui puisse
garantir la distribution dans les plus courts délais. Car toute
la V.Mail est expédiée à l'étranger par voie aérienne (16).
Toutes
financées par l'entreprise privée, les publicités qui paraissent
dans les journaux américains mettent l'accent sur la reconnaissance
due par les civils aux combattants et rappellent l'obligation
de souscrire aux bons de la défense.
L'argument
qui revient : écrivez souvent des messages brefs et encourageants,
qui font beaucoup plus pour le moral d'un combattant que de
longues lettres envoyées de temps en temps (17).
Les publicités rappellent fréquemment l'utilité de messages
brefs et optimistes. Le slogan : faites court, soyez encourageant, écrivez
souvent (18).
On
pu dire que la V.- Mail a réduit la durée de la guerre,
et qu'elle a par conséquent épargné des vies. En effet, réduisant
le volume des sacs postaux, (elle économisait 98% du poids
et du volume) elle a permis d'affecter les avions à d'autres
tâches, vitales pour la poursuite de la guerre. À l'échelle
américaine, l'économie de place et de poids n'est pas symbolique
: chaque soldat recevait près de 40 lettres par mois, et 150
000 lettres sur papier pèsent 2575 livres, contre 45 livres
sur film.
Le
système de l'armée américaine est particulièrement sûr et performant.
Les originaux ne sont pas détruits tant que les films ne sont
pas parvenus à destination. Le V...-Mail Service affirme
ne jamais avoir perdu une seule lettre. Les opérations de prise
de vue et de tirage sont presque toujours sous-traitées. Des
ateliers ont été installés aux États-Unis, dans le Pacifique,
en Nouvelle Zélande, à Hawaï, en Europe, dans le Moyen-orient.
Partout ailleurs, le service est assuré par le Signal Corps.
Ce sont les militaires qui accomplissent le travail le plus
difficile : ils doivent développer dans des conditions climatiques
souvent éprouvantes tant pour le personnel que pour le film,
avec une forte humidité et une température élevée. Dans certains
cas, la chaleur est si élevée que l'émulsion se décolle du
support. On conserve les consommables dans des réfrigérateurs.
Parfois l'eau est rare, les sources d'énergie capricieuses.
La V...- Mail utilise comme l'Airgraph, le film
16 mm sur caméra cinétique Recordak. L'échelle de réduction
: 1/17, vitesse moyenne de prise de vue : 1200 documents à l'heure.
La quantité de courrier à traiter impose l'emploi de machines
automatiques : développement en continu, à 200 pieds à l'heure,
tirage en continu. Le film est inspecté avec soin, et avant
l'agrandissement, la densité est mesurée au densitomètre. Seul
le découpage du papier doit être effectué manuellement, le
système de massicotage automatique (le massicot devait être
déclenché par un pavé optique repéré par une cellule photoélectrique)
n'ayant pas fonctionné correctement. Le courrier voyage entièrement
par avion. Il parvient en 8 jours de Karachi, en 7 jours de
l'Afrique du Nord. Le système est si séduisant que le War
Department décide de microfilmer ses dossiers : il s'équipe
de matériel de micrographie et dispose en 1944, de 80 caméras,
capables de filmer 500.000 images par jour.
Tout
n'est pas parfait : en raison de la qualité moyenne des images
que l'on peut obtenir avec une Recordak cinétique de
l'époque. L'échelle de réduction de 17 est relativement élevée
pour l'époque : les lettres doivent être manuscrites en caractères
suffisamment gros. Aucun des articles parus à propos de la V...-
Mail ne donne d'indications sur la nature du film employé.
Une publicité illustrée, parue à plusieurs reprises dans US
Camera au cours de l'année 1944, nous permet quelques déductions.
Pour la V.- Mail, comme pour toutes les autres applications
en 16 mm, (selective service number, achats de bons
de la défense, sécurité sociale, dossiers médicaux etc.) le
dessin montre un film 16 mm, perforé d'un seul côté, donc vraisemblablement
un positif de cinéma utilisé en l'état. Les caméras cinétiques
de l'époque n'auraient pas permis de tirer tous les avantages
du microfilm, plus coûteux et plus délicat à développer.
Eastman
Kodak bénéficiera
des retombées publicitaires de la V...- Mail : c'est
le Président Roosevelt en personne qui inaugure le service
et le New York Times s'en fait l'écho (NYT, 1942,
June 13 : "Roosevelt Gets Two Messages Opening Overseas
Service V Mail."
15. "Write
the V Mail that means so much to him with a Ticondera pensil.
It makes clear, sharp lines that reproduce legibly".
Publicité parue dans Life, sept. 1943, 3 mois après l'inauguration
du service. L'argument ne tient pas, car l'écriture au crayon
offre un contraste inférieur à l'écriture à l'encre noire,
et se reproduit plus difficilement. [retour
au texte]
16. "It
is the one method that garanties delivery of a mail in
the shortest possible time. All V.-Mail goes overseas by
air". [retour au texte]
17. "frequent
cheerful notes that do more ,much more than occasional
long letters to lift a fighting man's spirits". [retour
au texte]
18. "make
it short, keep it cheerful, send it often". Ibid. [retour
au texte]