Airgraph et v.mail
par Philippe ROUYER, dr

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La V...- Mail

 

Quelques mois après les Britanniques, les Américains se livrent à la même expérience, qu'ils baptisent V Mail. Devant s'appeler au départ Army Micro Photographic Mail Service, le service fut appelé exactement V...- Mail, ...- traduisant la lettre V dans l'alphabet Morse. Il est amusant de noter que dans un article consacrés à la V.- Mail, le Colonel Snyder du Signal Corps, n'oublie pas de rendre hommage à Dagron et ses pigeons pendant le siège de Paris mais se hâte de mentionner l'origine américaine du procédé ".que les Britanniques appellent Aigraph, une technique de microfilmage mise au point aux Etats Unis par la société Kodak (12)". De leur côté, les pionniers américains de la micrographie mentionnent l'Aigraph dès l'ouverture du service dans leur revue, The Journal of Documentary Reproduction (13). Le microfilmage du courrier, pour en réduire le volume et l'expédier par voie aérienne avait il est vrai été expérimenté aux USA à la fin des années 1930, par Charles Z. Case, qui l'avait appliqué au transport du courrier interne de Eastman Kodak entre Rochester et San Francisco. Entré chez Eastman en 1912, Charles Z. Case avait travaillé à Harrow à la fin des années 20 et son expérience anglaise lui avait sans doute permis de nouer des liens qui avaient contribué à faire accepter le projet.

Nous disposons pour la V.- Mail de plus de témoignages que pour l'Aigraph. Les sites personnels sont plus nombreux aux Etats-Unis, et les institutions développent une politique de numérisation des archives plus active qu'au Royaume-Uni. Ainsi, le Commandant Arthur T. Burke, retraité de l'US Navy, jeune enseigne de vaisseau sur l'Enterprise en 1942, décrit avec exactitude la procédure utilisée pour le courrier à destination des USA, et précise le rôle de la censure (14):

Les lettres d'une seule page, rédigées sur un imprimé spécial, sont photographiées sur film 16 mm. Le film est envoyé aux USA pour être développé, puis tiré sur papier au format 4,75" x 3.75". Le tirage est ensuite envoyé au destinataire, en général par la voie des airs. En haut de l'imprimé, figure un cadre, réservé au cachet de la censure. La lettre était limité à une seule page, mais le nombre de lettres n'était pas limité. Contrairement au courrier ordinaire, qui devait être affranchi, les V.- Mail étaient gratuites pour les militaires. Dans la marine, sur les unités à la mer, chaque officier était responsable de la censure pour sa propre compagnie. Les officiers d'un rang équivalent censuraient réciproquement leur courrier. Les règles étaient assez simples : il ne fallait donner aucune information qui puisse être utilisée par l'ennemi, tels que le nom des bateaux, leur position, leur vitesse, leur destination, les dommages qui auraient été subis, tant qu'il n'en avait pas été fait mention officiellement. Étaient censurés aussi les noms qui auraient pu être des codes destinés à fournir une information non autorisée. L'expéditeur n'avait pas connaissance des coupures opérées par la censure.


12. "Something the British call Aigraph, a microfilming technique developed in the United States by the Eastman Kodak Company".- E. D. Snyder.- V...- Mail.- Radio News, 1944, n°31, p. 126. [retour au texte]

13. Journal of Documentary Reproduction, v. 5, n° 3, sept. 1942, pp. 129-138. [retour au texte]

14. http://www.centuryinter.net/midway/veterans [retour au texte]


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