La V...-
Mail
Quelques
mois après les Britanniques, les Américains se livrent à la
même expérience, qu'ils baptisent V Mail. Devant s'appeler
au départ Army Micro Photographic Mail Service, le service
fut appelé exactement V...- Mail, ...- traduisant
la lettre V dans l'alphabet Morse. Il est amusant de noter
que dans un article consacrés à la V.- Mail, le Colonel
Snyder du Signal Corps, n'oublie pas de rendre hommage à Dagron
et ses pigeons pendant le siège de Paris mais se hâte de mentionner
l'origine américaine du procédé ".que les Britanniques appellent Aigraph,
une technique de microfilmage mise au point aux Etats Unis
par la société Kodak (12)".
De leur côté, les pionniers américains de la micrographie mentionnent
l'Aigraph dès l'ouverture du service dans leur revue, The
Journal of Documentary Reproduction (13).
Le microfilmage du courrier, pour en réduire le volume et l'expédier
par voie aérienne avait il est vrai été expérimenté aux USA à la
fin des années 1930, par Charles Z. Case, qui l'avait appliqué au
transport du courrier interne de Eastman Kodak entre
Rochester et San Francisco. Entré chez Eastman en 1912,
Charles Z. Case avait travaillé à Harrow à la fin des
années 20 et son expérience anglaise lui avait sans doute permis
de nouer des liens qui avaient contribué à faire accepter le
projet.
Nous
disposons pour la V.- Mail de plus de témoignages que
pour l'Aigraph. Les sites personnels sont plus nombreux
aux Etats-Unis, et les institutions développent une politique
de numérisation des archives plus active qu'au Royaume-Uni.
Ainsi, le Commandant Arthur T. Burke, retraité de l'US Navy,
jeune enseigne de vaisseau sur l'Enterprise en 1942,
décrit avec exactitude la procédure utilisée pour le courrier à destination
des USA, et précise le rôle de la censure (14):
Les
lettres d'une seule page, rédigées sur un imprimé spécial,
sont photographiées sur film 16 mm. Le film est envoyé aux
USA pour être développé, puis tiré sur papier au format 4,75" x
3.75". Le tirage est ensuite envoyé au destinataire, en général
par la voie des airs. En haut de l'imprimé, figure un cadre,
réservé au cachet de la censure. La lettre était limité à une
seule page, mais le nombre de lettres n'était pas limité. Contrairement
au courrier ordinaire, qui devait être affranchi, les V.-
Mail étaient gratuites pour les militaires. Dans la marine,
sur les unités à la mer, chaque officier était responsable
de la censure pour sa propre compagnie. Les officiers d'un
rang équivalent censuraient réciproquement leur courrier. Les
règles étaient assez simples : il ne fallait donner aucune
information qui puisse être utilisée par l'ennemi, tels que
le nom des bateaux, leur position, leur vitesse, leur destination,
les dommages qui auraient été subis, tant qu'il n'en avait
pas été fait mention officiellement. Étaient censurés aussi
les noms qui auraient pu être des codes destinés à fournir
une information non autorisée. L'expéditeur n'avait pas connaissance
des coupures opérées par la censure.
12. "Something
the British call Aigraph, a microfilming technique developed
in the United States by the Eastman Kodak Company".- E.
D. Snyder.- V...- Mail.- Radio News, 1944, n°31, p. 126.
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13. Journal
of Documentary Reproduction, v. 5, n° 3, sept. 1942,
pp. 129-138. [retour au texte]
14. http://www.centuryinter.net/midway/veterans [retour
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