Airgraph et v.mail
par Philippe ROUYER, dr

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La contribution du microfilm à l'effort de guerre

 

Cette contribution est tout d'abord indirecte : en rendant le travail des fonctionnaires plus efficace, en permettant de libérer des locaux encombrés par des archives papier, en facilitant aussi la circulation de l'information, et notamment en permettant aux chercheurs américains de se tenir au courant des travaux de leurs homologues allemands. C'est sous forme de microfilm, et en transitant par des pays neutres, que parvenaient aux États-Unis les périodiques scientifiques allemands. On reproduira aussi sur microfilm des plans indispensables à la construction du matériel militaire (6). On diffusera sur film les manuels d'entretien des avions : Eugene B. Powers, de University Microfilm, se chargera de la microédition des notices techniques du P 51 Mustang. C'est encore sous forme de microfilms que la Canadian Car and Foundry Company recevra les plans des outillages et gabarits nécessaires à la construction sous licence des Hawker Hurricane britanniques (7). La reproduction photographique permettra aussi aux soldats en opération sur des théâtres lointains, de conserver un lien avec leurs proches.

On se souvient comment le microfilm avait été utilisé au cours du Siège de Paris, pour faire parvenir des nouvelles du pays dans Paris assiégé. Réduisant très considérablement le volume et surtout le poids des dépêches, la pellicule photographique avait permis à l'information de voyager par les airs, transportée par pigeon-voyageur. Si les conséquences militaires de ce mode d'acheminement des nouvelles avaient été négligeables, l'incidence sur le moral de la population avait été considérable, d'après les témoignages des contemporains (8).

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le problème s'était posé à peu près dans les mêmes termes : comment organiser un acheminement rapide du courrier entre les troupes et la mère patrie ? Le transport par voie maritime pouvait prendre plusieurs mois et la sécurité du transport n'était pas assurée. La poste aérienne était de toute évidence la meilleure solution, à ceci près que les capacités d'emport des avions étaient limitées, et que cette capacité devait être réservée en priorité aux transports vitaux de personnel, de personnel, de matériel, de munitions.

Au cours des dix années qui avaient précédé la guerre, les progrès de l'aviation avaient été spectaculaires, mais la capacité d'emport des avions restait encore limitée. Les avions de transport offraient une charge utile relativement modeste: Le C47, version militaire du célèbre DC3, appelé par les Anglais Dakota, et surnommé Skytrain par les américains, pouvait emporter 4 tonnes de fret. C'était à peu près la capacité d'un bombardiers quadrimoteurs comme la forteresse volante B 17, et seul l'Avro Lancaster britannique pouvait emporter plus de 8 tonnes). Par comparaison, un bimoteur de transport militaire contemporain tel que le Transall franco-allemand offre une charge utile de 15 tonnes. Dans les années 1940, le poids était plus encore que de nos jours, l'ennemi numéro un et le transport du courrier privé n'était pas une tâche indispensable à la conduite de la guerre. Cependant, le réconfort que pouvait apporter une lettre d'un proche était important pour les soldats en opération sur des théâtres lointains, et indirectement, pouvait influer sur l'issue du conflit. C'est pourquoi on eut recours au microfilm, pour pouvoir transporter par avion le courrier, sans trop pénaliser les transports de personnel, de vivres, de matériel et de munitions.

Le système appelé V.-Mail par les Américains, et Aigraph par les Britanniques, aura permis de limiter considérablement le volume et l'espace occupé par le courrier au bénéfice des transports indispensables. Son incidence sur le moral des soldats n'est évidemment pas quantifiable, mais tous les témoignages reconnaissent l'importance de la V.-Mail et de l'Aigraph pour les civils et les combattants. Aujourd'hui, les V.- Mail qui nous sont parvenues sont devenues des objets de collection, que les archivistes cherchent à préserver, et que les philatélistes d'Outre Atlantique s'arrachent lors de ventes aux enchères.


6. Le microfilm avait déjà démontré son efficacité au lendemain de Pearl Harbor : quelques heures après le désastre, les plans des bateaux avaient été microfilmés et envoyés par avion sur les chantiers navals, économisant des semaines de travail et d'acheminement. (Franck L. Hilton Jr.- Microfilm Systems : the First 40 Kodak Years.- NMA Journal, 1968, vol.1, n°4, p. 121.) [retour au texte]

7. 1451 Hurricanes furent construits sous licence au Canada entre 1940 et 1942, motorisés par des Rolls Royce Merlin d'origine, puis par des Packard Merlin. Une douzaine d'appareils furent prêts pour participer à la Bataille d'Angleterre. [retour au texte]

8. Voir par exemple le témoignage de Jules Clarétie, paru dans les Annales politiques et littéraires, 30 sept. 1900, p. 211-212. [retour au texte]


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