La
contribution du microfilm à l'effort de guerre
Cette
contribution est tout d'abord indirecte : en rendant le travail
des fonctionnaires plus efficace, en permettant de libérer
des locaux encombrés par des archives papier, en facilitant
aussi la circulation de l'information, et notamment en permettant
aux chercheurs américains de se tenir au courant des travaux
de leurs homologues allemands. C'est sous forme de microfilm,
et en transitant par des pays neutres, que parvenaient aux États-Unis
les périodiques scientifiques allemands. On reproduira aussi
sur microfilm des plans indispensables à la construction du
matériel militaire (6). On
diffusera sur film les manuels d'entretien des avions : Eugene
B. Powers, de University Microfilm, se chargera de la microédition
des notices techniques du P 51 Mustang. C'est encore sous forme
de microfilms que la Canadian Car and Foundry Company recevra
les plans des outillages et gabarits nécessaires à la construction
sous licence des Hawker Hurricane britanniques (7).
La reproduction photographique permettra aussi aux soldats
en opération sur des théâtres lointains, de conserver un lien
avec leurs proches.
On
se souvient comment le microfilm avait été utilisé au cours
du Siège de Paris, pour faire parvenir des nouvelles du pays
dans Paris assiégé. Réduisant très considérablement le volume
et surtout le poids des dépêches, la pellicule photographique
avait permis à l'information de voyager par les airs, transportée
par pigeon-voyageur. Si les conséquences militaires de ce mode
d'acheminement des nouvelles avaient été négligeables, l'incidence
sur le moral de la population avait été considérable, d'après
les témoignages des contemporains (8).
Au
cours de la Seconde Guerre mondiale, le problème s'était posé à peu
près dans les mêmes termes : comment organiser un acheminement
rapide du courrier entre les troupes et la mère patrie ? Le
transport par voie maritime pouvait prendre plusieurs mois
et la sécurité du transport n'était pas assurée. La poste aérienne était
de toute évidence la meilleure solution, à ceci près que les
capacités d'emport des avions étaient limitées, et que cette
capacité devait être réservée en priorité aux transports vitaux
de personnel, de personnel, de matériel, de munitions.
Au
cours des dix années qui avaient précédé la guerre, les progrès
de l'aviation avaient été spectaculaires, mais la capacité d'emport
des avions restait encore limitée. Les avions de transport
offraient une charge utile relativement modeste: Le C47, version
militaire du célèbre DC3, appelé par les Anglais Dakota,
et surnommé Skytrain par les américains, pouvait emporter
4 tonnes de fret. C'était à peu près la capacité d'un bombardiers
quadrimoteurs comme la forteresse volante B 17, et seul l'Avro
Lancaster britannique pouvait emporter plus de 8 tonnes). Par
comparaison, un bimoteur de transport militaire contemporain
tel que le Transall franco-allemand offre une charge utile
de 15 tonnes. Dans les années 1940, le poids était plus encore
que de nos jours, l'ennemi numéro un et le transport du courrier
privé n'était pas une tâche indispensable à la conduite de
la guerre. Cependant, le réconfort que pouvait apporter une
lettre d'un proche était important pour les soldats en opération
sur des théâtres lointains, et indirectement, pouvait influer
sur l'issue du conflit. C'est pourquoi on eut recours au microfilm,
pour pouvoir transporter par avion le courrier, sans trop pénaliser
les transports de personnel, de vivres, de matériel et de munitions.
Le
système appelé V.-Mail par les Américains, et Aigraph par
les Britanniques, aura permis de limiter considérablement le
volume et l'espace occupé par le courrier au bénéfice des transports
indispensables. Son incidence sur le moral des soldats n'est évidemment
pas quantifiable, mais tous les témoignages reconnaissent l'importance
de la V.-Mail et de l'Aigraph pour les civils
et les combattants. Aujourd'hui, les V.- Mail qui nous
sont parvenues sont devenues des objets de collection, que
les archivistes cherchent à préserver, et que les philatélistes
d'Outre Atlantique s'arrachent lors de ventes aux enchères.
6.
Le microfilm avait déjà démontré son efficacité au lendemain
de Pearl Harbor : quelques heures après le désastre, les plans
des bateaux avaient été microfilmés et envoyés par avion sur
les chantiers navals, économisant des semaines de travail et
d'acheminement. (Franck L. Hilton Jr.- Microfilm Systems :
the First 40 Kodak Years.- NMA Journal, 1968, vol.1, n°4, p.
121.) [retour au texte]
7.
1451 Hurricanes furent construits sous licence au Canada entre
1940 et 1942, motorisés par des Rolls Royce Merlin d'origine,
puis par des Packard Merlin. Une douzaine d'appareils furent
prêts pour participer à la Bataille d'Angleterre. [retour
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8.
Voir par exemple le témoignage de Jules Clarétie, paru dans
les Annales politiques et littéraires, 30 sept. 1900, p. 211-212.
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