De la manoeuvre d'Ulm à Austerlitz
par Jean-Philippe LIARDET, dr

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Les enseignements de cette première moitié de campagne

Napoléon conduit dans cette campagne la plus grande armée qu'il lui ait été donnée de commander jusqu'alors. Il dispose pour le seconder d'un grand état-major général très efficace, dirigé par un homme dévoué et infatigable : Berthier. Des plans d'opérations fort précieux sont élaborés, notamment grâce aux ingénieurs géographes du service topographique, mais aussi grâce à l'espionnage et aux missions de reconnaissance effectuées par la cavalerie, avec des hommes parlant la langue du pays.

Certains des commandants de corps sont aussi des chefs très compétents comme Davout, Lannes, Murat et Soult. Et si Ney n'a pas les qualités requises pour diriger un corps d'armée, sa conduite au feu est exceptionnelle. Comme l'empereur, tous sont jeunes.

Napoléon choisit très tôt comme théâtre d'opération principal l'Allemagne et non l'Italie où les Autrichiens concentrent leurs meilleures troupes sous le commandement de l'archiduc Charles. Fin août, il envoie Murat et Bertrand reconnaître la vallée du Danube et notamment la région d'Ulm. Quelques jours plus tard, c'est au tour de Savary de faire de même pour les itinéraires que vont bientôt emprunter les corps français, dans leur mouvement tournant entre le Rhin et le Danube. L'empereur, qui a longuement étudié la brillante campagne de Turenne de 1646, connaît d'ailleurs déjà très bien la configuration générale du terrain.

Son but est d'attirer l'armée ennemie vers l'ouest en direction de la Forêt Noire puis de la tourner pour l'attaquer de flanc. Il s'agit en fait du plan préconisé à Moreau en 1800 et que celui-ci n'avait pas su mettre en ouvre. Cette fois-ci, la manouvre sera parfaitement exécutée. Mais, comme toujours, Napoléon ne s'enferme pas dans un plan d'opération trop rigide. Le 25, informé de la concentration de l'armée ennemie autour d'Ulm, il décide de réduire l'ampleur de son mouvement tournant.

Or, Mack n'envisage pas une manouvre de grande ampleur au nord du Danube. Il pense que la menace d'une intervention prussienne et l'arrivée prochaine des troupes russes inciteront Napoléon à ne pas prendre ce risque. Il croit plutôt à une réédition de la campagne de Moreau et estime les effectifs ennemis à 70 000 hommes alors qu'ils sont près de trois fois plus importants. Au contraire, Napoléon table prudemment sur une armée autrichienne de 100 000 hommes et établit ses plans en conséquences, en attendant d'obtenir des renseignements plus précis, vers le 12 octobre. L'attribution de ce commandement à Mack peut sembler étonnant si l'on se réfère à ses antécédents peu brillants (capitulation à Naples en 1798-1799) et à la piètre opinion qu'ont de lui les archiducs Charles et Ferdinand. Mais il faut néanmoins se rappeler qu'il s'agissait là d'un théâtre d'opération secondaire pour les Autrichiens. Mack devait se contenter de couvrir Vienne en attendant l'arrivée des Russes. C'est de sa propre initiative qu'il décide d'avancer vers l'Ouest pour protéger le Tyrol.

 

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