Stosstruppen, les troupes d'assaut allemandes
par Jean-Philippe Liardet

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Les pertes sanglantes de la guerre de Sécession aux Etats-Unis et de la guerre franco-prussienne de 1870 n'avaient pas suffit à faire abandonner les tactiques en vigueur depuis l'époque des guerres napoléoniennes. Les bombardements et les assauts massifs des premières années de la Grande Guerre sont encore plus horriblement coûteux en vies humaines face à un système de tranchées continu et au feu des mitrailleuses. Dans les deux camps, on cherche des solutions pour retrouver la guerre de mouvement et réduire les pertes. Français et Anglais vont se tourner vers la technologie avec le char, tandis que les Allemands vont faire le choix de tactiques d'assaut nouvelles qui vont apporter un changement radical dans l'emploi de l'infanterie.

 

La genèse
En août 1915, le Haupsturmführer Willy Martin Rohr se voit confier le commandement d'une unité expérimentale du génie, formée au début de l'année (Sturm-Abteilung) pour tester de nouvelles armes et de nouvelles tactiques. Profitant des déboires des précédents mois, il va bénéficier d'une très grande autonomie qu'il va rapidement mettre à profit. Engagé au sein du bataillon de fusiliers de la Garde pendant l'hiver 1914-1915, Rohr ne manque pas d'expérience. Il est d'abord convaincu de la nécessité de disposer d'un appui-feu direct, beaucoup plus précis et plus réactif que les barrages d'artillerie préparés à l'avance alors en vigueur, afin de détruire juste devant les vagues d'assaut les points d'appui ennemis et notamment les nids de mitrailleuses.

Il cherche donc d'abord à remplacer les médiocres canons de 37mm qui équipent son unité. Son attention se porte sur des pièces russes de 76,2 mm, capturées en grande quantité en Pologne et en Ukraine, qu'il va alléger au maximum pour gagner en mobilité.


L'équipement individuel de ses hommes comporte des boucliers et des cuirasses couvrant le torse. Ces pièces en acier pèsent une vingtaine de kilos. Rohr les trouve trop lourdes. Pour lui, la rapidité et la violence de l'action sont les meilleures protections. Il conserve seulement le nouveau casque qui deviendra d'ailleurs le casque standard de l'armée allemande. Les hommes remplacent le lourd fusil standard par la carabine utilisée par les servants de pièces d'artillerie et emportent un grand nombre de grenades.


Une escouade de Stosstruppen. Bien qu'ils soient pour beaucoup très jeunes,
ils affichent une belle détermination devant l'objectif du photographe.
Si les pertes globales diminuent lors d'une offensive, celles des Stosstruppen restent particulièrement
é levées car ils sont sans cesse engagés en pointe de l'offensive.


Jusqu'à présent, les assauts se déroulent en colonnes avec des tirailleurs sur le flanc et en pointe. Rohr opte pour des assauts menés par des groupes de combat d'une douzaine d'hommes qui se voient attribuer toute latitude pour atteindre leurs objectifs en s'infiltrant à travers les premières lignes ennemies. Chacun est d'ailleurs doté d'une carte précise pour évoluer sur le champ de bataille. Les assauts font si possible l'objet d'une répétition grandeur nature ou à l'aide de maquettes reproduisant le terrain et les positions ennemies. Il s'agit d'une évolution majeure puisque même le manuel d'entraînement de 1906 conservait le dogme du maintien des hommes dans la ligne de feu avec leurs sous-officiers derrière eux pour les pousser. Maintenant, ce sont les sous-officiers qui donnent l'exemple et conduisent leurs hommes au combat. Très en vogue dans l'armée allemande depuis un siècle, le Kriegspiel (jeu de guerre), était pratiqué par les officiers d'état-major ou l'encadrement des régiments pour les manœuvres au niveau tactique. Désormais, cette pratique concerne tous les soldats afin de développer leur esprit d'initiative sur le terrain.

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