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Les
pertes sanglantes de la guerre de Sécession aux Etats-Unis
et de la guerre franco-prussienne de 1870 n'avaient pas suffit à faire
abandonner les tactiques en vigueur depuis l'époque des
guerres napoléoniennes. Les bombardements et les assauts
massifs des premières années de la Grande Guerre
sont encore plus horriblement coûteux en vies humaines face à un
système de tranchées continu et au feu des mitrailleuses.
Dans les deux camps, on cherche des solutions pour retrouver la
guerre de mouvement et réduire les pertes. Français
et Anglais vont se tourner vers la technologie avec le char, tandis
que les Allemands vont faire le choix de tactiques d'assaut nouvelles
qui vont apporter un changement radical dans l'emploi de l'infanterie.

La genèse
En août 1915, le Haupsturmführer Willy Martin Rohr se
voit confier le commandement d'une unité expérimentale
du génie, formée au début de l'année
(Sturm-Abteilung) pour tester de nouvelles armes et de nouvelles
tactiques. Profitant des déboires des précédents
mois, il va bénéficier d'une très grande autonomie
qu'il va rapidement mettre à profit. Engagé au sein
du bataillon de fusiliers de la Garde pendant l'hiver 1914-1915,
Rohr ne manque pas d'expérience. Il est d'abord convaincu
de la nécessité de disposer d'un appui-feu direct,
beaucoup plus précis et plus réactif que les barrages
d'artillerie préparés à l'avance alors en
vigueur, afin de détruire juste devant les vagues d'assaut
les points d'appui ennemis et notamment les nids de mitrailleuses.
Il
cherche donc d'abord à remplacer les médiocres
canons de 37mm qui équipent son unité. Son attention
se porte sur des pièces russes de 76,2 mm, capturées
en grande quantité en Pologne et en Ukraine, qu'il va alléger
au maximum pour gagner en mobilité.

L'équipement individuel de ses hommes comporte des boucliers
et des cuirasses couvrant le torse. Ces pièces en acier
pèsent une vingtaine de kilos. Rohr les trouve trop lourdes.
Pour lui, la rapidité et la violence de l'action sont les
meilleures protections. Il conserve seulement le nouveau casque
qui deviendra d'ailleurs le casque standard de l'armée allemande.
Les hommes remplacent le lourd fusil standard par la carabine utilisée
par les servants de pièces d'artillerie et emportent
un grand nombre de grenades.

Une
escouade de Stosstruppen. Bien qu'ils soient pour beaucoup
très
jeunes,
ils affichent une belle détermination devant l'objectif
du photographe.
Si les pertes globales diminuent lors d'une offensive, celles
des Stosstruppen restent particulièrement
é
levées
car ils sont sans cesse engagés en pointe de l'offensive.
Jusqu'à présent, les assauts se déroulent
en colonnes avec des tirailleurs sur le flanc et en pointe. Rohr
opte pour des assauts menés par des groupes de combat d'une
douzaine d'hommes qui se voient attribuer toute latitude pour atteindre
leurs objectifs en s'infiltrant à travers les premières
lignes ennemies. Chacun est d'ailleurs doté d'une carte
précise pour évoluer sur le champ de bataille. Les
assauts font si possible l'objet d'une répétition
grandeur nature ou à l'aide de maquettes reproduisant le
terrain et les positions ennemies. Il s'agit d'une évolution
majeure puisque même le manuel d'entraînement de 1906
conservait le dogme du maintien des hommes dans la ligne de feu
avec leurs sous-officiers derrière eux pour les pousser.
Maintenant, ce sont les sous-officiers qui donnent l'exemple et
conduisent leurs hommes au combat. Très en vogue dans l'armée
allemande depuis un siècle, le Kriegspiel (jeu de guerre), était
pratiqué par les officiers d'état-major ou l'encadrement
des régiments pour les manœuvres au niveau tactique.
Désormais, cette pratique concerne tous les soldats afin
de développer leur esprit d'initiative sur le terrain.
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